« Penelope Gate » : François Fillon peut-il remporter la présidentielle ?

Victime depuis fin janvier d’accusations de détournement de fond public, François Fillon semble en difficulté dans les dernières enquêtes d’opinions. Si trois juges d’instruction ont été nommés pour enquêter sur l’affaire le 24 février dernier, le candidat des Républicains connaît un rebond dans les sondages, tout en restant pour l’instant le troisième homme de la présidentielle, derrière Marine Le Pen et Emmanuel Macron. L’ancien Premier ministre, encore favori début janvier, peut-il gagner en mai 2017 ? Retour sur ses faiblesses et ses atouts.
Un scrutin plus qu’incertain en sa faveur
Si François Fillon, qui a fait en partie campagne sur son intégrité et sa transparence, est de plus en plus critiqué à droite à cause de ses ennuis judiciaires, il conserve une assise électorale solide. Il reste la seule alternative pour la frange de la population ne souhaitant pas voter FN mais restant attachée à des valeurs conservatrices et étant plutôt hostile à une immigration massive. Le candidat des Républicains profite en effet du mécanisme des primaires qui réduit les alternatives, augmentant dès lors le vote par défaut, sans compter l’adhésion d’une part non négligeable des français à son projet. Une base électorale bien moins volatile que celle de l’outsider de cette campagne, Emmanuel Macron, talonnant aujourd’hui Marine Le Pen, pour l’instant victorieuse au premier tour. Si Emmanuel Macron profite actuellement des voix des électeurs centristes votant traditionnellement à droite comme à gauche, les stratégies de rassemblement de François Fillon ou de Benoît Hamon pourraient jouer sur le long terme en sa défaveur. Les affaires judiciaires mettant en cause Marine Le Pen apparaissant toujours plus accablantes, François Fillon est également susceptible de bénéficier d’un report de voix du Front National en sa faveur. A deux mois du premier tour des élections présidentielles, l’issue du scrutin apparaît plus qu’incertaine : les sondages semblent incapables de donner une tendance sur le long terme, sauf peut-être pour le vote FN, montrant qu’une majorité de Français reste indécise. D’autres scandales pourraient encore rebattre les cartes, loin d’exclure donc définitivement François Fillon de la course à l’Élysée.
Rassemblement difficile, spectre d’une mise en examen… : des fragilités pour le camp Fillon
Depuis fin janvier, « l’Affaire Fillon » semble occulter le fond pour la forme : quand les mesures égrenées par Emmanuel Macron font la une des journaux, le programme de François Fillon est de moins en moins abordé. Ainsi, les modifications apportées à ses propositions pour la santé semblent être passées inaperçues, tant le tourbillon médiatique reste centré sur ses difficultés judiciaires. Autre point faible, le suspens perdure autour du programme d’Emmanuel Macron, alors que celui de François Fillon est connu depuis octobre. Rien de plus efficace pour convaincre des électeurs indécis, qui découvrent les propositions du leader d’En Marche quand celles de François Fillon, déjà perçues comme de l’histoire ancienne, sont reléguées au second plan. Un effet qui pourrait se tasser quand Emmanuel Macron ne disposera plus de l’effet de surprise. Le nombre croissant de sympathisants des Républicains ayant voté Juppé aux primaires se tournant vers l’ancien ministre de l’économie met en valeur les dangers de la stratégie d’Emmanuel Macron pour François Fillon.
Une dynamique qui met en valeur les difficultés de Fillon à rassembler au delà de son assise électorale, difficultés renforcées par les accusations de détournement de fonds publics qui pèsent sur lui. Les primaires de la droite et du centre de novembre 2016 ont déjà eu pour effet de cliver la droite entre un camp progressiste, représenté par Alain Juppé, et un camp plus conservateur, dont Fillon s’est fait l’image. Malgré l’abandon de certaines de ses mesures controversées sur la santé, François Fillon ne peut se défaire de l’image qu’il s’est forgé au cours de sa campagne pour les primaires, celle d’un candidat à l’identité catholique forte, soutenu par des mouvements opposés au mariage pour tous ou à l’avortement. Des sujets de société très clivants qui ont provoqué une certaine défiance d’une large part des Français, malgré un programme économique plutôt consensuel.
L’assise électoral de François Fillon sera-telle dès lors suffisante pour repasser devant Emmanuel Macron, renforcé par son alliance avec François Bayrou ? L’avenir judiciaire de François Fillon et la manière dont il poursuivra sa campagne seront déterminants pour lui permettre de se qualifier au second tour, sans oublier les possibles difficultés que ses adversaires pourraient rencontrer.

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